Around Gary's Neck

Publié le par Space Sheep

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Voici donc le nom de mon nouveau bébé, l’écharpe à torsades grise que j’ai commencé pendant mon séjour « chez » ma grand-mère (dans la maison de retraite dans laquelle elle vient d’entrer, en réalité … la vie est vraiment moche, parfois. Enfin bref, le but n’est pas de raconter ma vie. Enfin si, mais pas cette version-là). Outre le plaisir incommensurable que j’ai à la tricoter (j’adoooore la laine que j’ai acheté, la Partner 6 de chez Phildar, j’adooooore tricoter avec des aiguilles de 6,5, j’adooooore mon aiguille à torsade made in Bergère de France, bref …), il me semble utile de revenir un petit peu sur ce projet un peu particulier … et sur celui qui en est à l’origine.


Comme son nom l’indique, il s’agit de Gary, non pas le chanteur de Snow Patrol, ni un célèbre acteur américain, ni l’escargot de Bob l’Eponge, ni le vilain gamin péteux de Pokémon, ni mon mouton irlandais en peluche, mais Gary Blackburn, l’un des personnages de l’un de mes romans, Parallèle, un jeune irlandais du Nord, guitariste raté à cause d’une mutilation importante de la main droite, gai comme une stèle de cimetière, pilier de bar invétéré porté sur la bouteille comme un chat sur le Wiskas, plus complexé qu’une anorexique en mal de kilos à perdre, bref, un fantôme alcoolisé errant au hasard des pubs de Belfast. Rien de bien folichon dans ce sinistre tableau, me direz-vous. Certes. Mais Gary me colle à la peau depuis plus de 10 ans, et, si je l’ai longtemps méprisé et détesté pour ses (nombreux) défauts, j’ai aussi appris à voir en lui l’artiste blessé, l’homme écorché à vif, privé de tous ses rêves, et qui se débat comme un poisson hors de l’eau, comme un oiseau dont on aurait arraché les ailes, pour survivre dans cette société qu’il déteste, mais dont il dépend. Gary est cet homme titubant que l’on croise dans la rue et qui nous partage entre pitié et répulsion, qui nous fait parfois changer de trottoir et qu’on oublie à la première occasion. Celui qui dérange un peu, que l’on préfère ignorer, parce qu’il nous renvoie à nos propres défauts, nos propres démons. Je l’aime parce qu’il a su me mettre en face de choses que je préférais ignorer et que finalement j’ai pu affronter, avec succès, et qui m’ont permis d’avancer. Lui n’a pas su faire face, et maintenant c’est à mon tour de l’accompagner, de le consoler, de le prendre sur mes épaules, de le serrer dans mes bras pour tenter de le réconforter. Même si je sais que ça ne sert à rien, car il est le seul à pouvoir changer le cours de son existence. Et je l’aime parce que, sous ses abords froids et peu engageants d’homme négligé (cheveux en vrac, yeux cernés, tee-shirts à trous-trous et compagnie), Gary sait aussi être d’une incroyable chaleur, d’un magnétisme totalement incroyable … même s’il l’ignore.


Il y a quelques temps déjà que je pense à confectionner des objets en lien avec mon roman, après avoir déjà fait quelques « bonus » (cartes diverses, encyclopédie, journal intime de l’un de mes personnages, mythes annexes, etc). J’avais pensé à un bracelet à breloques reprenant des symboles de chacun de mes persos principaux (qui sont au nombre de sept, tout de même), mais j’avais envie de quelque chose de plus personnel, de plus intime à chacun d’eux … Et l’idée de reproduire l’un de leurs objets emblématiques est né dans ma petite tête. Et le premier auquel j’ai pensé cadrait totalement avec ma frénésie tricotine actuelle, puisque lorsque je pense à Gary, je le vois immédiatement avec sa longue écharpe grise autour du cou.


Cette écharpe m’a posé pas mal de problème puisque, à l’époque où je l’ai décrite dans Parallèle, je la voyais à trois torsades, endroit comme envers (puisque je ne connaissais alors rien au tricot). Et quand j’ai cherché comment faire des torsades, horreur ! J’ai découvert que les torsades étaient typiques du tricot irlandais (tiens, tiens, tiens), mais que, à mon grand déplaisir, leur verso était en jersey … Pas terrible terrible pour une écharpe. Heureusement, en venant ici, j’ai découvert Ravelry. Et là, ô joie, ô allégresse, je suis tombée sur le patron de Palindrome. Halleluja !! Ma fameuse écharpe Garyesque existait donc … Quelques traductions plus tard, je me jetais sur mes aiguilles comme un chacal sur un rumsteck, et découvrais avec ravissement que la torsade réversible était vraiment super facile à réaliser.

 

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Around Gary’s Neck est actuellement presque terminée (elle fera au final au moins 2 mètres 20, eh oui, Gary est grand, très grand), et j’ai toujours autant de plaisir à la tricoter. Je la sens naître sous mes doigts, au fil de mes aiguilles, et chaque maille me rapproche un peu plus de lui, m’attache un peu plus à son essence. Alors, naturellement, je gagatise un peu et souvent … je parle à mon tricot (oui oui, même pas peur du ridicule), ce qui donne souvent lieu à des situations un peu cocasses. Par exemple, un jour, alors que je tricotais avec ma grand-mère en compagnie d’une aide soignante qui venait lui apporter une madeleine. Ma grand-mère a évoqué, je ne sais plus pourquoi, un homme qu’elle a connu dans sa jeunesse, en disant « Oh mais on ne le fréquentait pas, hein. C’était un ivrogne ». Et moi de me pencher sur mon tricot et de murmurer, les lèvres contre les mailles « Eh oui, comme ton papa », sous le regard ahuri de la pauvre aide-soignante, qui a du se dire que la petite fille était encore plus cinglée que la grand-mère … !

Et, histoire de ne pas perdre les mauvaises habitudes et de plonger AGN (oui, je sais) tout de suite dans le bain de son papa, je l’ai entamée en sirotant un Panaché (on trouve vraiment de tout dans les distributeurs des maisons de retraite). Aaaah, familière odeur …

Toujours en musique, avec Tired Pony, puisque le thème de Gary est une de leurs oeuvres … Pieces :

 

 

Publié dans Knitting Games

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Tralala 29/10/2010 21:42


Bonjour !
Je découvre ton blog, ton humour et tes talents de tricoteuse, BRAVO !
Je suis tombée en amour devant ton écharpe palindrome. Je n'ai pas trouvé (peut être mal cherché) le tuto sur ton blog et ne parle malheureusement pas tricot anglais. Te serait il possible, si cela
ne te demande pas trop de travail, de transmettre à ton lectorat la traduction de cette écharpe ?
Merci :)


Space Sheep 06/11/2010 21:00



Merci beaucoup de ton commentaire Tralala (aaah j'adore ton pseudo ^^)


Pour le patron de Palindrome, en français, c'est par ici : http://knit-patrol.over-blog.com/article-traduction-palindrome-torsades-reversibles-55912336.html


 


J'en profite pour rappeler que tous les patrons (bon, pour l'instant il n'y en a que 2 XD) sont classés dans la catégorie "Knitting Games" ;)